Emma Coronel Aispuro
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Inés Coronel Barreras (en) |
| Mère |
Blanca Estela Aispuro Aispuro (d) |
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Joaquín Guzmán Loera (depuis ) |
| Enfants |
Emma Coronel Aispuro, (en espagnol : [ˈema moˈðesta koɾoˈnel ajsˈpuɾo]), née le à Sainte Claire (en anglais : Santa Clara), Californie, est une reine de beauté et narcotraficante américano-mexicaine.
Son mari, Joaquín Guzmán « El Chapo », est considéré comme le baron de la drogue le plus recherché du Mexique jusqu'à ce qu'il soit condamné à la prison à perpétuité. En février 2021, elle est arrêtée aux États-Unis pour complot en vue d'importer et de distribuer illégalement des stupéfiants, blanchiment d'argent et relations d'affaires avec un important trafiquant de drogue étranger en vertu du Foreign Narcotics Kingpin Designation Act (en). Coronel purge une peine de trois ans de prison et est libérée en septembre 2023.
À partir du procès de Joaquín Guzmán en 2019 aux États-Unis, elle développe sa présence médiatique et cultive une image sur les réseaux sociaux de « buchona », devenant une icône emblématique de la culture du narcotrafic mexicaine.
Biographie

Emma Modesta Coronel est née le à Sainte Claire, Californie, aux États-Unis[1] près de San Francisco. Elle est la fille de Blanca Estela Aispuro Aispuro et d’Inés Coronel Barreras (en), un éleveur de bétail et adjoint de Guzmán. Elle grandit dans le village isolé de La Angostura, près de Canelas, dans l'État de Durango au Mexique[2]. Elle fait des études de journalisme[3].
Carrière
Concours de la reine de la Foire du café et de la goyave

En novembre 2006, un appel à candidatures pour le concours local de la reine de la foire du café et de la goyave, est lancé dans la commune de Canelas, Durango[2]. Ce concours a lieu depuis les années 1960. María Elena Gamboa Casillo, dite « la Nena » est couronnée en 1961, et avant Emma 44 reines du café et de la goyave avaient obtenu le sceptre et la couronne du titre.
L'élection constitue l'évènement festif majeur de l'année, culminant après plusieurs jours de fête comportant des joutes sportives, des courses de chevaux, des combats de coqs, des manèges, des fanfares et des bals. Les candidates à ce concours doivent répondre à des critères de beauté, mais aussi avoir les moyens financiers de mener une campagne de promotion avec force affiches, banderoles et T-shirts à leur effigie, distribuer des cadeaux et d'acheter une garde-robe, ainsi qu'organiser des fêtes[4].
Emma Coronel Aispuro s'inscrit à ce concours de beauté. Auparavant, elle a rencontré Guzman lors d'une fête et lui a accordé une danse. Le 20 novembre 2006 cinq candidates sont inscrites : Emma, de La Angostura, Baudelia Ayala Coronel d’El Ranchito, Rosa Sandoval Avitia, du chef-lieu, Alma Díaz Rodríguez, de Zapotes et Nancy Herrera Vizcarra, de Mesa de Guadalupe[4]. Emma organise sa fête de candidate le jour des Rois mages, le . Le jour de la fête, Joaquín Guzmán (El Chapo) arrive dans la ville avec des centaines d'hommes armés en moto et annonce publiquement son intention de se marier. Emma Coronel Aispuro est ensuite élue reine de beauté locale du café et de la goyave[2]. Le côté flamboyant de cette équipée surprend alors l'associé de Guzman principal dans le cartel, Ismael Zambada Garcia, Guzman se montrant en général plus prudent pour ne pas risquer d'être pris par la police[2].
Mariage avec El Chapo

Le mariage a lieu le 2 juillet 2007 à La Angostura[5]. Le mariage est célébré en grande pompe, bien qu'il soit parfois allégué que ce ne soit pas un mariage officiel car Joaquín Guzmán n'aurait pas été divorcé de sa deuxième femme Alejandrina. Parmi les invités de la réception se trouvaient selon des témoins : des narcotraficants Ignacio Coronel Villarreal (en), Juan José Esparragoza Moreno (El Azul), Ismael Zambada García (El Mayo), les frères Arturo (en) et Hector Beltran et Edgar Valdez Villarreal (en) (La Barbie), mais également des hommes politiques de premier plan : le sénateur Rodolfo Dorador (en) du Parti action nationale (PAN) proche du président du Mexique Felipe Calderón, le procureur Alfredo Higuera Bernal (bien qu'il l'ai démenti par la suite)[6], le gouverneur du Sinaloa Jesús Aguilar Padilla (en). El Chapo est à cette époque recherché par la police, et ne souhaite pas que le mariage soit connu publiquement, mais la nouvelle filtre et quelques mois après il mène des actions punitives qui aboutissent au meurtre de Cardenas Camboa, maire de Canelas qui a couronné Emma Coronel pendant le concours[7] et l'enlèvement de Reynaldo Jiménez, secrétaire municipal et affilié au PAN[8],[9].
Le 15 août 2012, Coronel donne naissance à deux jumelles à Lancaster, au nord de Los Angeles à l’hôpital d’Antelope Valley[2], prénommées María Joaquina and Emalí Guadalupe[10],[11]. Les deux jumelles ont la nationalité américaine, mais sur les actes de naissance le nom de leur père, alors recherché pour trafic de drogue, n'est pas renseigné[2].
En 2015 elle aide son mari à s'échapper par un tunnel de la prison où il est gardé. Elle lui fournit une montre avec un GPS qui indiquait sa position précise, permettant à ses complices de le localiser avec précision[12].
Après le mariage, Emma Coronel s'installe à Culiacán pour se rapprocher de Guzman et poursuivre ses études au lycée ; elle s’inscrit ensuite à l'université autonome de Sinaloa où elle suit un cursus en sciences de la communication[4],[10].
En 2014, El Chapo est arrêté dans une de leurs propriétés alors qu'il lui rend visite. Il est placé dans une prison mexicaine, et elle participe au complot en vue de son évasion spectaculaire, par un tunnel creusé depuis la douche de sa cellule. Afin de permettre aux ingénieurs oeuvrant à la construction du tunnel de la localiser avec précision, elle lui fait passer en prison dans un approvisionnement de nourriture une montre avec un GPS intégré[3],[4].
En 2016 elle affirme ne pas être au courant des activités criminelles de son époux[13]. Elle accorde une interview à la journaliste Anabel Hernandez en 2016, qui est diffusée sur NBC et Telemundo[14]. Dans cette interview, elle se présente avec une image de bimbo inoffensive et quelque peu naïve, et elle devient en peu de temps une sorte de Kim Kardashian mexicaine. Anabel Hernandez, dans son livre de 2021 Emma y las otras señoras del narco remet en question cette apparente naïveté, pointant les contradictions dans son discours, et précisant que venant d'une famille active dans le narcotrafic par son père et ses frères, elle ne pouvait ignorer les crimes de son mari[4].
Jugement de Joaquin Guzmán en 2019
Le 10 janvier 2019, dans le jugement de Joaquin Guzmán des preuves sont présentées à l'encontre d'Emma Coronel, et elle fait l'objet d'une enquête visant à établir son éventuelle complicité[15]. Elle avait toujours affirmé ne pas être au courant des activités de son mari, mais des preuves affirmant le contraire ont été obtenues par le FBI, qui a réussi à installer sur son téléphone un logiciel connu sous le nom de Flexi-Spy. Dans ces écoutes téléphoniques et les messages enregistrés, on apprend que Guzman donne des instructions très précises à sa femme et à son beau père concernant leurs communications. Il demande à sa femme de cacher son arme, et d'utiliser un BlackBerry dont le cryptage est meilleur. Il conseille à son beau père de ne pas utiliser la radio pour parler des livraisons de drogue[2].
Pendant le jugement, Emma Coronel apprend aussi les infidélités de son époux avec Agustina Cabanillas Acosta, elle-même arrêtée dans une rafle de février 2012 à Cabos San Lucas, en Basse-Californie du Sud[16]. Les messages échangés entre El Chapo et Agustina sont lus en public[11]. Ces messages ont été obtenus grâce à la collaboration avec la justice de Christian Rodríguez, un Colombien en charge des communications d'El Chapo, qui a permis d'intercepter 200 messages cryptés sur des BlackBerry entre les proches d'El Chapo[17],[15].
Médiatisation et mise en scène pendant le procès
Malgré ces révélations, elle se rend tous les jours aux audiences du procès à New York, et très médiatisée, elle campe un rôle d'épouse parfaite, s'inquiétant de la santé de son époux[3].
Après le procès, profitant de sa médiatisation, elle participe même à l'émission de téléréalité Cartel Crew[18] sur la chaine de cable VH1, où elle pose habillée de blanc sur son yacht. Elle est filmée en compagnie de Michel Blanco, le fils de la narcotrafiquante colombienne Griselda Blanco. Elle indique vouloir créer une ligne de vêtements qu'elle souhaite appeler El Chapo Guzmán: JGL. Cette pratique fait suite à cette d'Alejandra Guzmán, une des filles de Joaquín Guzmán qui en 2019 a lancé une marque nommée El Chapo 701. Le nom de la marque faisait référence au classement Forbes de Joaquín Guzmán parmi les 701 personnes les plus riches au monde en 2019[10].
Elle entreprend de devenir une influenceuse sur son compte Instagram, faisant la promotion de marques mexicaines de Sinaloa. En cinq publications elle accumule 592 millions de comptes abonnés. Elle publie des photos de mannequinat professionnelles et n'aborde pas directement sa vie privée[10]. Elle se met en scène sur un compte Instagram (dont elle nie être à l'origine mais où elle est parfaitement reconnaissable), où on la voit en bikini, avec un maillot des Yankees, en robe de mariée ou encore tirant à la mitraillette[3].
Arrestation de 2021
La nuit du lundi 22 février 2021, elle est arrêtée à l'aéroport international de Dulles, Virginia[19]. Elle vit alors à New York et projette de lancer sa propre ligne de vêtements nommée El Chapo Guzman[20]. Elle est accusée d'avoir aidé son mari à diriger le cartel de Sinaloa[20]. L'acte d'accusation la concernant affirme sans détour qu'Emma Colonel Aispuro avait pleine connaissance des activités de trafic de drogue de son compagnon El Chapo, et qu'elle a même participé certaines d'entre elles[21]. L'acte d'accusation précise que de 2012 à 2014, elle a communiqué des messages pour Guzmán afin d'organiser des trafics de stupéfiants alors qu'il était en cavale. Elle aurait également tenté de soudoyer des fonctionnaires mexicains pour faire évader son mari[21]. Dans un premier temps, Coronel annonce via son avocat Jeffrey Lichtman, qui avait aussi représenté Guzmán lors de son procès son intention de plaider non coupable[22].
Dans un premier temps, il est annoncé qu'elle est accusée de trafic de drogue et que Dámaso López Nuñez, alias « El Licenciado » aurait indiqué qu'elle était membre du cartel de Sinalo[23]. Robin Meriweather, juge à la Cour fédérale du district de Columbia, demande sa détention provisoire sans possibilité de libération sous caution, au motif de complot en vue de trafic de stupéfiants sur le territoire américain, un délit passible d’une peine minimale de 10 ans et d’une peine maximale d’emprisonnement à perpétuité si elle était reconnue coupable[24].
Quelques jours plus tard, on apprend qu'Emma Coronel s'est rendue aux autorités judiciaires américaines afin de conclure un accord et de bénéficier du programme de protection des témoins en échange d'informations sur le cartel de Sinaloa[25],[26].
El Chapo a demandé au juge de l'autoriser à témoigner son soutien à Emma Coronel pendant le procès[27].
Condamnation en 2021
Le 10 juin 2021, le procureur fédéral du district de Columbia et Emma Coronel Aispuro ont conclu un accord juridique, dans lequel elle renonce à une mise en accusation et plaide coupable devant la Cour fédérale de district du district de Columbia pour une crime comportant trois chefs d’accusation :
- Association de malfaiteurs en vue de la distribution d’héroïne, de cocaïne, de cannabis et d’amphétamines en vue de leur importation illégale aux États-Unis (21 U.S.C. §§ 959, 960, 963)
- Complot en vue du blanchiment d’instruments monétaires (18 U.S.C. § 1956)
- Participation à des transactions et opérations portant sur les biens d’un trafiquant de stupéfiants étranger désigné comme « important » (21 U.S.C. §§ 1904 1906)[28],[29],[30],[31].
Le 30 novembre 2021, elle est condamnée par le juge Rudolph Contreras (en) de la Cour de district des États-Unis pour le district de Columbia à 3 ans de prison[32], suivis de quatre ans de libération surveillée[33],[34]. Sa peine de prison a ensuite été réduite à 31 mois. Le juge Contreras n'a pas condamné Coronel aux quatre ans requis par le ministère public, soulignant qu'elle était adolescente lorsqu'elle avait épousé Guzman et qu'elle avait reconnu sa culpabilité dès son arrestation[35]. Elle a purgé sa peine au Centre médical fédéral de Carswell[36]..
Selon l'écrivaine et journaliste Anabel Hernandez, autrice du livre, Emma Coronel aurait bénéficié de la clémence de la justice américaine en échange d'informations cruciales sur les cartels mexicains de la drogue. Emma Coronel Aispuro est devenue[37] :
« la première femme au sommet des cartels de la drogue, la First Lady, la première dame du crime organisé au Mexique, qui plaide coupable. Et il me semble que cela pourrait être une percée pour que d'autres femmes qui sortent de ce monde criminel puissent commencer à confesser leur histoire et briser le silence. »
Le 13 septembre 2023, Emma Coronel sort de prison[38] après avoir effectué trois années de prison[12],[39].
Carrière de mannequin et de « buchona »
Elle fait ses débuts en tant que mannequin dans un clip vidéo narrant la vie d'Emma Coronel et chanté par son avocate Mariel Colón[40], qui a notamment défendu Joaquim Guzman et Jeffrey Epstein. La chanson, intitulée La Señora, a été écrite par Mario Delgado "El Cachorro", qui avait déjà écrit des corridos en hommage aux trafiquants de drogue mexicains[41]. Le 22 septembre 2024, alors qu'elle est encore en liberté surveillée, elle défile en robe de mariée conçue par April Black Diamond pendant la Fashion Week de Milan au Palais Serbolloni. Elle lance aussi une ligne de bijoux[42],[43],[3].

Elle donne une interview à María Antonieta Collins de l'émission Despierta América, diffusée sur la chaîne Univisión, dans laquelle elle affirme son amour pour son mari qu'elle n'a pas revu depuis son emprisonnement[18]. Elle a 450 000 personnes abonnées sur Instagram avec lesquelles elle anime des sessions de questions réponses[18]. Elle devient ainsi un modèle de « buchona », terme employé pour désigner les narco-influenceuses compagnes des narcotraficants mexicains[44] exhibant des formes pulpeuses et une hypersexualisation[45] ainsi qu'une forme de pouvoir consumériste qu'elles exhibent fièrement et qui témoigne de l'émergence d'une narco culture issue de la région de Sinaloa[46].
L'écrivaine Anabel Hernandez a critiqué ce qui constitue selon elle une utilisation commerciale morbide de la célébrité de reines de beauté issues du milieu du narcotrafic[47].
Lucero Sánchez a contesté la version de l'histoire racontée par Emma Coronel dans un documentaire selon laquelle Coronel n'avait pas connaissance des autres femmes avec lesquelles El Chapo partageait sa vie[48].
Références
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- ↑ (es-MX) Por Anayeli Tapia Sandoval Seguir, « “Ella sabía que yo existía”: Lucero Sánchez reacciona a documental de Emma Coronel sobre El Chapo », sur infobae, (consulté le )
Voir aussi
Articles connexes
- Sandra Ávila Beltrán (1960-)
- Dolly Cifuentes Villa (1964-)
- Enedina Arellano Félix (1961-)
- Griselda Blanco (1943-2012)
- Traffic de stupéfiants
- Guerre de la drogue au Mexique
Bibliographie
: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- (es) Anabel Hernández, Emma y las otras señoras del narco, GRIJALBO, , 338 p. (ISBN 978-6073810005).
. - (es) Ana Sofía Apodaca-Cabrera et Betsabee Fortanell-Trejo, « Emma Coronel y la feminidad buchona en redes sociodigitales. Formas de resignificar a la mujer en el narcotráfico », Comunicación y Sociedad, , p. 1–30 (ISSN 2448-9042, DOI 10.32870/cys.v2024.8682, lire en ligne, consulté le ).
- (en) Anabel Hernandez, Narcoland : the Mexican drug lords and their godfathers, verso, (ISBN 978-1-78168-073-5, lire en ligne).
. - (en) Deborah Bonello, Narcas : The secret rise of women in Latin America's cartels, Boston, Beacon Press, .

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