Moderata Fonte

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Moderata Fonte
Moderata Fonte
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Nom de naissance Modesta Pozzo
Naissance
Venise
Décès (à 37 ans)
Venise
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture Italien
Mouvement féminisme

Œuvres principales

Le Mérite des Femmes

Moderata Fonte, de son vrai nom Modesta Pozzo connue aussi comme Modesta Pozzo de' Zorzi ou Modesta dal Pozzo (Venise - )[1], était une femme de lettres vénitienne reconnue comme une des pionnières du féminisme. Son ouvrage le plus connu, Le Mérite des femmes[2], eut une large influence en Italie et en Europe durant la Renaissance et inspira plusieurs œuvres consacrées à la dignité et l’excellence des femmes[3].

Les détails de sa vie sont connus par sa biographie rédigée en en 1593 (soit un an après sa mort) par son oncle Giovanni Niccolò Doglioni (1548-1629), et figurant dans la préface de la première édition du Mérite des Femmes[4].

Biographie

Modesta Pozzo naît le à Venise, dans une famille aisée appartenant à la classe des "citadini originari"[5]. Son père est avocat mais elle n'a pas le temps de le connaître car il meurt avec sa femme en 1556 de la peste. Modesta, alors âgée d'un an, est placée avec son frère aîné Leonardo auprès de sa grand-mère maternelle, Cecilia de Mazzi. Elle est ensuite placée au couvent de Santa Marta, où elle était considérée comme une enfant prodige (en effet, elle était capable de réciter de longs sermons entendus ou lus une seule fois[6]), mais où elle reçoit une éducation limitée, comme l'était celle des petites filles à l'époque.

À l'âge de neuf ans, avec son frère Leonardo, elle rejoint à nouveau la famille de sa grand-mère où elle profite de l'enseignement prodigué à son frère aîné. Sa famille ayant remarqué ses prédispositions pour la littérature, et notamment la poésie[7], elle apprend le latin et la composition auprès de son grand-père Prospero Saraceni, qui était lui-même notaire et homme de lettres. Si aucun cursus scolaire n'existait encore pour les filles, son frère, lui, poursuit son éduction en cours de grammaire, et lui apprend à lire, à écrire en latin, dessiner, chanter, ainsi qu'à jouer du luth et du clavecin[8]. Doglioni écrit même qu'elle tirait davantage profit de ces leçons que son frère ("che maggior profitto fece assai di lui"[7]).

Le , à vingt-sept ans, Moderata épouse Filippo de' Zorzi, un avocat au ministère chargé de la gestion de l'eau de la ville de Venise (Officio dell'Aque)[5]. Ce dernier s'intéresse probablement à la littérature, comme en témoigne le sonnet qu'il signe en préface d'une des œuvres de son épouse, La Resurrezione. Leur mariage semble avoir été particulièrement heureux car de' Zorzi rend la dot un an et demi après leur mariage. Un document officiel daté d' affirme que « de' Zorzi retourne la dot grâce à la gentillesse, le grand amour et la bonne volonté qu'il a ressenti et ressent pour Moderata»[9].

Une de ses premières œuvres connues est une pièce musicale religieuse jouée devant le Doge Da Ponte en 1581 au festival de la fête de Saint Stéphane, Le Feste [les fêtes].

En 1581, elle publie son poème épiqueTredici Canti del Floridoro (Les treize chants de Floridoro) dédié à Bianca Cappello et son nouveau mari, le duc de Florence. Ce poème est probablement le second ouvrage de chevalerie publié par une femme italienne, après Il Meschino de Tullia d'Aragon, édité en 1560.

Moderata a écrit deux poèmes religieux La Passione di Cristo (Passion du Christ) et La Resurrezione di Gesù Cristo nostro Signore che segue alla Santissima Passione otava rima da Moderata Fonte (la résurrection de Jésus Christ, notre Seigneur, qui suit la Sainte Passion en octaves par Moderata Fonte). Dans ces œuvres, elle décrit en détail les émotions de la Vierge Marie et Marie Madeleine devant le Christ mort puis devant sa résurrection, illustrant sa croyance profonde et soulignant la participation active des femmes dans les événements de la Passion et de la résurrection du Christ[10].

Son œuvre la plus connue est Il Merito delle donne, Le Mérite des femmes, publié en 1600, dans laquelle elle critique le comportement des hommes envers les femmes et où elle célèbre les vertus et l'intelligence de la femme, sans pour autant revendiquer l'égalité entre les deux sexes[11].

Lorsqu'elle meurt en couches de son dernier enfant, à Venise le , à l'âge de trente-sept ans, Pozzo a eu trois enfants : le plus vieux est âgé de dix ans, la seconde de huit, le troisième de six[7].

Elle est enterrée dans le cloître des frères mineurs de Saint-Roch[1]. Son mari a déposé une épitaphe en marbre sur son tombeau qui décrit Moderata Pozzo comme « femina doctissima » [une femme très savante][7].

En raison de sa vie retirée et de sa position sociale, elle a joui pour la postérité d’une réputation irréprochable. Au XVIIIe siècle, F. S. Quadrio la qualifie de « savia madre di famiglia » tout en louant sa verve créative[12]. Au XXe siècle, Emilio Zanette écrit : «fu una moglie e una mamma esemplare, come era stata una esemplare signorina» [elle fut une épouse et une mère exemplaires, comme elle avait été exemplaire avant son mariage][13]. Pourtant, dans Le Mérite des Femmes, la position d’épouse se révèle la plus difficile à supporter pour les femmes.

Œuvres

  • Tredici Canti del Floridoro (Venise, 1581) : poème épique laissé inachevé, comportant 13 chants et 1050 octaves. Il décrit les aventures de Risamante, une femme chevalier, et de Floridoro, un jeune héros, respectivement à l’origine de la lignée des Médicis et des fondateurs de Venise. Le poème est dédié à Francesco de Medicis et Bianca Capello, à l’occasion de leur mariage en 1579.
  • Le Feste (1581) : poème résultant de la récitation d’un drame musical religieux devant le Doge de Venise, conformément à la tradition chez les familles bourgeoises de l’époque. Il comporte environ 350 versets.
  • La Passione di Cristo (Venise, 1582) : composition religieuse en vers.
  • La Résurrection du Christ (Venise, 1592) : poème chrétien de 142 octaves dédié à Marguerite Langosca Parpaglia, contessa della Bastia.
  • Il Merito delle Donne (Venise, 1600) : traduit en français Le Mérite des Femmes[14], écrit par Moderata Fonte en deux journées, où l'on montre clairement combien elles sont dignes et plus parfaites que les hommes. Dialogue philosophique entre sept aristocrates vénitiennes de situations matrimoniales diverses, portant entre autres sur l'intérêt ou non des femmes à se marier.

Bibliographie

  • Collectif, Le Parnasse des dames, Paris, Ruault, , p. 50-129, traduction de Floridor de Modeste Dupuis, par Fatné de Morville.
  • (en) Virginia Cox, Women's writing in Italy, 1400-1650, Baltimore, The Johns Hopkins University Press, .
  • (it) Giovanni Nicolò Doglioni, Vita della Sig.ra Modesta Pozzo de Zorzi nominata Moderata Fonte descritta da Gio, in M. Fonte, Il merito delle Donne, Venise, Adriana Chemello, Eidos,
  • (en) Paola Malpezzi Price, Moderata Fonte : Women and Life in Sixteenth-century Venice,
  • (en) Paola Malpezzi Price, Italian Women Writers : A Bio-bibliographical Sourcebook, Greenwood, , 476 p. (ISBN 978-0-313-28347-5, lire en ligne), p. 128-137
  • (en) Meredith K. Ray, « Moderata Fonte (1555–1592). Visionary of Women's Equality », dans Meredith K. Ray, Twenty-Five Women Who Shaped the Italian Renaissance, London, Routledge, (ISBN 9781003081807).
  • Frédérique Verrier, « Amo ergo sum » in Les femmes et l’Écriture. L’amour profane et l’amour sacré. Textes réunis par Claude Cazalé Bérard, « Écritures », 1 (2005), Presses Universitaires de Paris 10, pp. 81-92.

Références et notes

  1. a et b Treccani.it
  2. Le Mérite des Femmes, écrit par Moderata Fonte en deux journées, où l'on montre clairement combien elles sont dignes et plus parfaites que les hommes. Traduction, annotation et postface de Frédérique Verrier, éd. Rue d'Ulm, 2002.
  3. Spencer, Anna Garlin in Kennerley, Mitchell (ed.), « The Drama of the Woman of Genius », The Forum, New York, Forum Pub. Co., vol. 47,‎ , p. 41 (lire en ligne)
  4. (en) Fonte, Moderata (1555-1592), Italian women writers, University of Chicago library
  5. a et b Moderata Fonte, Valeria Finucci et Julia Kisacky, Floridoro: a chivalric romance, University of Chicago Press, coll. « The other voice in early modern Europe », (ISBN 978-0-226-25677-1 et 978-0-226-25678-8)
  6. (en) Paola Malpezzi Price. Moderata Fonte: Women and Life in Sixteenth-century Venice (Madison (N.J.): Fairleigh Dickinson University Press, 2003),p.  28.
  7. a b c et d G. Doglioni, Vita della Sig.ra Modesta Pozzo de Zorzi nominata Moderata Fonte descritta da Gio, in M. Fonte, Il merito delle Donne, ed. Adriana Chemello (Venise: Eidos, 1988), p.  3–10.
  8. Malpezzi Price, Pozzo, Modesto vol. 10, 79-80, editorial notes, 571; and Malpezzi Price. Moderata Fonte, p. 149.
  9. (en) Malpezzi Price. Moderata Fonte,p.  33.
  10. (en) Malpezzi Price. Moderata Fonte, p. 35.
  11. (en) Malpezzi Price, Pozzo, Modesto vol. 10, 79-80, editorial notes, 571; and Malpezzi Price. Moderata Fonte,p.  149.
  12. (it) Francesco Saviero Quadrio, Della storia e della ragione d'ogni poesia, vol II, Milano, Francesco Agnelli, , p. 274
  13. (it) Emilio Zanette, « Bianca Capello e la sua poetessa », Nuova Antologia, no 88,‎ , pp. 455-468
  14. « Le Mérite des Femmes », sur Clio.revues.org

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